Le moulin à huile de Corbère

Que sait-on du moulin à huile ?

  • Les premiers écrits concernant un moulin à Corbère datent de 1319 . Une certaine Agnès veuve de feu Pere Ramon de Corbère, cède à Pere Guinard le droit de construire à Corbera un moulin 4 meules.                                                         
  • En 1363, les filles de Vinça Ceser, Françoise Crou et Sclarmunda Geli déclarent avoir en indivisis avec Huguette fille de Pierre Peyrepertuse un casai de moulin mais qui est mentionné ''à blé''.                                                           
  • Ce n'est qu'en 1667 qu'apparaît dans l'inventaire des biens de Francisca de Ca Cirera seigneur de Corbère (décédée le 28 août 1667) un moulin à huile.                                                                                                                   
  • Dans le ''Dénombrement général de la Viguerie de Roussillon et Vallespir'' de 1730 on peut noter concernant Corbère l'existence d'un moulin à huile et de 54 ayminates d'oliveraies (1 ayminate = 59 ares)                                        
  • En 1770, il est indiqué dans les biens de Louis du Boys de Boisembert, seigneur de Corbère, le château, une auberge (sans doute celle des Cabanes) un moulin à farine, un moulin à huile et 4 ayminates d'olivettes. La confirmation de ces biens apparaît en 1775 dans l'état général des biens de Louis du Boys de Boisembert.                     
  • En 1814, la mention de moulin à huile est manuscrite sur le cadastre napoléonien aux parcelles 782 et 783. Le propriétaire de ces parcelles est un certain Joseph  Carmagnes.                                                                                        
  • Puis le moulin deviendra la propriété de la famille Llech. Le 28 juillet 1919, une donation de Me Marie Thérèse Cubry, veuve de Valentin Llech, au profit de sa fille Mlle Renée Llech, concerne entre autre les parcelles 782 et 783. On y précise ''pâture sol et pâture même lieu-dit appelé Mouli d'en Noy''(1) A cette date, on ne parle plus du moulin qui a sans doute disparu.                                                                                                                                                                                   
  • Aujourd'hui ces parcelles appartiennent à la petite fille de Renée Llech. 

 

   Sources : Revue d'Ille et d'ailleurs N°12 - (1) ADPO 3135W

 

Localisation du moulin à huile sur le plan cadastral de 1814

Problèmes de fiscalité entre les seigneurs de Corbère et les villageois

Plusieurs textes nous rapportent les différents qui existaient entre le seigneur, propriétaire du moulin et les villageois, utilisateurs du moulin. Ces différents portaient surtout sur l'imposition réclamée pour la transformation des olives. 

  • En 1683, plusieurs ''pagesos de Corbère'' s'étaient opposés à la redevance seigneurale ou ''dîme'' ainsi qu'au fait d'être obligé de porter leurs olives au moulin du seigneur. Ces hommes, Sébastien Dejoan, Jérome Bonacaza, François Fabressa, Jérome Futxer et Valentin Faves obtinrent en partie satisfaction. 
  • En 1769, contestation générale contre les abus de réglementation ou ''criées''(sorte de réglement édité par le seigneur qui était à cette date la veuve de Xavier Clément de Boisembert, Maria Thérésa de Çagarriga) Les Corbériens publient un mémoire. A l'article XI au sujet de la dîme sur les olives, les villageois estiment qu'ils ne sont pas tenus de porter les olives au moulin du seigneur même si, précisent-ils, ''ils le font quand même entendu que c'est le seul moulin à huile.''
  • Dans le cahier des doléances rédigé le 13 avril 1789 à Corbère, on peut noter que les rédacteurs s'insurgent du coût excessif de production d'huile d'olives. Cela concerne la fabrication et la dîme. ''Il serait plus avantageux au Roy de faire un abonnement avec la province et tout le monde alors serait tranquille'' (1)

 

Sources : Revue d'Ille et d'ailleurs N°12 -(1) Cahiers de Doléances du Roussillon d'Etienne FRENAY

Les ruines du ''mouli d'en Noy''

Aujourd'hui il ne subsiste pas d'éléments ruinés du moulin qui permettraient de reconstituer sa structure.  Situé dans l'étroit torrent de la Coume, en amont de Corbère, on découvre, trois mètres au dessus du lit du torrent, une aire d'environ cent mètres carrés. Il reste bien peu de traces d'anciens murs, pas de partie de toit, même effondrée. On peut penser que l'emplacement a été nettoyé de ses pierres pour en faire une surface exploitable. Il existe juste un pignon de quinze mètres de long et trois mètres de haut enchassé dans le bas de la pente. On voit sur ce mur un appui d'une quarantaine de centimètres de large qui court sur toute sa longueur. Deux orifices rectangulaires de cinquante par quarante centimètres et d'environ soixante cinq centimètres de profondeur ont été aménagés sur la partie droite des restes de ce pignon.

Dans le lit du torrent, ce qui a bien résisté, est le mur de soutènement en pierres sèches.  Le plus intéressant dans cette partie est, à droite, l'ensemble de pièrres voutées de ce qui semble être une citerne. Elle mesure un mètre quatre vingt de large sur un mètre  cinquante de haut. Elle est bâtie sur une profondeur de trois mètres. Quel était son rôle ? Réserve d'eau ? Lieu se stockage ?

On le voit, les ruines du moulin à huile de Corbère n'apportent pratiquement pas de réponse sur l'édifice et son fonctionnement. On ne peut imaginer son activité qu'au travers des illustrations qui vont suivre.     

  

Obtention de l'huile d'olive. Méthode des ''moulins catalans''

Le procédé pour obtenir de l'huile d'olive s'établissait en quatre étapes. Après la cueillette qui se faisait par gaulage, les olives étaient amenées au moulin.

  • La première opération consistait au broyage des fruits jusqu'à l'obtention d'une pâte. Ce concassage était réalisé par des meules en pierres actionnées soit par la force hydraulique, soit par un animal (âne, mulet ou cheval)  tournant autour d'un axe.
  • Puis on étalait cette pâte sur des scourtins ( galette circulaire souvent fabriquée en jonc alfa)
  • On empilait les scourtins ainsi préparés sur une presse après les avoir arrosés d'eau bouillante (environ cinq litres par galette) Suivait l'opération de pressage. On répétait cette opération d'arrosage et pressage quatre à cinq fois pour obtenir un moût (mélange d'huile et d'eau). Celui-ci s'écoulait dans un local pour la décantation appelé ''l'infern'' 
  • La dernière opération consistait donc en la séparation de l'eau et l'huile dans différents bassins ( l'huile plus légère que l'eau se retrouvant au dessus)    

Source : ''Histoire de l'olivier en Roussillon'' de C. GENDRE

 

 

L'activité du moulin au XVIème siècle. Gravure de J. Amman

Moulin au xvi siecle grav j amman

Presse à scourtins manuelle

Ancienne presse a scroutins

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Fabrication de l'huile d'olive. Illustration de Giovani Stradano 

Moulin a huile fin xvi eme 2

Pressage des scourtins 

Pressage des scourtins 1

Meule actionnée par un animal 

Meule a olives 1

L'oléiculture dans le Roussillon

Le livre de Claude GENDRE ''Histoire de l'olivier en Roussillon'' développe parfaitement ce sujet. Nous en tirons ces informations .

  • Si l'olivier est présent autour de la Méditerranée depuis la fin des périodes glacières, sa domestication dans notre région, sera théorisée par une étude de Jean-Frédéric TERRAL. Il démontre à partir de matériels prélevés sur cinq sites dont deux en roussillon, l'un à la grotte de l'Espérit à Salses, l'autre à la grotte de Montou, que l'olivier a commencé a être apprivoisé dès le Néolithique (-7000 à -3000 ans AJC)
  • Dans l'Antiquité, Rome par mesure protectionniste, interdit la culture de l'olivier dans la province de la Narbonnaise. On importe alors massivement de l'huile d'olive provenant d'Andalousie.
  • Au début du moyen âge, l'utilisation de l'huile d'olive semble restreinte. Ce n'est que dans la première partie du XIVème siècle que l'on note, dans le Roussillon, la présence de moulins réservés à cette production. Les premiers mentionnés datent de 1327 à St Féliu d'Amont et 1350 à Vinça. Les débuts de l'oléiculture dans notre région remonteraient au début du XVème siècle puisqu'il a existé, en 1445, un règlement concernant les moulins à huile.
  • C'est le XVIIème siècle qui marquera l'expansion de l'oléiculture en Roussillon. Par exemple, dans la commune de Pézilla de la Rivière, le nombre de moulins passera de un à trois durant les années 1620
  • Au XVIIIème, en l'an 1725,  un état des lieux concernant les communautés de la Viguerie du Roussillon et du Vallespir dénombre les surfaces d'oliviers cultivés et le poids des récoltes cette année. Pour Corbère, soixante douze arpents ( 1 arpent = 34 ares ) et cent quintaux de fruits ( 1 quintal = 42 kg ) En 1730 cette même Viguerie établit par communauté les surfaces plantées en oliviers et le nombre de moulins. Elle totalise, pour le Roussillon et le Vallespir, soixante seize moulins à huile et 1909 hectares d'oliveraies. Corbère, pour sa part, compte 32 hectares d'oliviers et un moulin. ??Une ordonnance de 1778 reprend le réglement de 1445 pour normaliser les moulins de notre région. Elle fixe par exemple le diamètre et la profondeur du ''tinell'' ( réservoir pour recevoir le moût après pression ), la position de l'orifice d'écoulement du moût vers ''l'infern''  ( local de décantation du moût ) ainsi que le nombre de scourtins et la quantité d'olives par pressée. 
  • En 1820 deux catastrophes ( invasion de cochenilles et froid vigoureux dans le Vallespir ) mettent à mal nos oliveraies.  Il n'en demeure pas moins que cette culture reste importante. En 1848, dans les Pyrénées-Orientales, on compte plus de 100 moulins et le département se trouve être le premier producteur d'olives.
  • Au début du XXème siècle, la fabrication d'huile d'olive, concurrencée par les huiles végétales, périclite. Dans notre région la culture de la vigne, plus rentable, a remplacé peu à peu celle de l'olivier malgré une politique de soutien. En 1946, il ne reste que 7 moulins en fonction dans le département. Le gel de 1956 portera un coup supplémentaire à l'oléiculture roussillonnaise. 

Aujourd'hui, l'olivier retrouve progressivement de son importance au coeur des cultures catalanes. On peut voir, dans le verger du Roussillon, que la place qui lui est faite n'est plus anecdotique. Les champs d'oliviers sont à nouveau présents entre vignes et arbres fruitiers. 

Où l'on se plaint de la qualité de l'huile du Roussillon

En 1785, l'abbé MARCÉ de Corneilla de la Rivière, dans ''Essai dans la manière de recueillir les denrées dans la province du Roussillon'' déjà nous indique que le gaulage n'est pas la manière la plus appropriée pour la récolte des olives ''en battant les oliviers pour cueillir les olives on leur cause un grand dommage''. L'auteur constate ensuite que l'huile a un goût piquant et une odeur forte due au fait qu'aprés cueillette on laisse les olives entassées pendant plusieurs jours, créant de la fermentation qui donne ce goût piquant. 

François ROULLET recommandait en 1913, pour la bonne qualité de l'huile ''que le moulin et tous ses accessoires soient dans un état parfait de propreté...qu'aucun mauvais goût ne puisse être communiqué à l'huile''

Dans le journal l'Indépendant, en 1923, un certain VIATOR s'insurge contre les pratiques de mouliniers qui laissent dans les "tinells" les eaux de la campagne précédente : ''Je vous laisse à penser la puanteur de ces eaux, quand, la veille de l'ouverture du moulin...'' Ce n'est pas tout, les scourtins usagés sont entassés un an ou deux dans le moulin où ils moisissent ''aprés les avoir ébouillantés on les utilise à nouveau... !!'' 

Source : ''Histoire de l'olivier dans le Roussillon'' C. GENDRE

 

Tout cela est aujourd'hui bien loin. Les huiles produites dans le département répondent à des critères de qualités exigeants et sont souvent labellisées. Leurs saveurs font le bonheur des consommateurs.

 

 

 

 

 

 

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